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Le rôle du producteur, c’est de s’occuper du spectacle, et pas d’embaucher des armées de data scientists

April 12, 2022

Marc Gonnet à NJP : « Le rôle du producteur, c’est de s’occuper du spectacle, et pas d’embaucher des armées de data scientists »

« Le marketing d’un média, secteur dans lequel je travaillais auparavant, c’est comme le marketing d’un spectacle ou d’un festival. On trouve ce terme abominable en imaginant qu’à cause de lui le public va décider de tout et que le programmateur n’aura plus son mot à dire. Non, le marketing fournit au contraire des outils aux programmateurs pour aider le spectacle à rencontrer son public.

A la fin de ma carrière chez Europe 1, j’ai produit des comédies musicales : « Salut Les Copains » puis « Disco ». L’une a marché, l’autre pas, en partie à cause de l’affiche, qui n’était pas comprise du public. L’équipe artistique et de production étaient pourtant les mêmes. Je ne comprenais pas, en voyant le peu de réservations, pourquoi on ne pouvait pas organiser une campagne mailing pour s’adresser au public des villes dans lesquelles Disco était jouée, avec un message bien calibré pour inciter le public à venir.

C’est ce qui m’a incité à créer Delight, une plateforme marketing dédiée aux producteurs de spectacles. Aujourd’hui le marketing des spectacles se résume essentiellement à de l’affichage, du tractage, et parfois à des accords avec des médias traditionnels.

Philippe Nicolas le soulignait l’an dernier : pour une séance à Paris, un producteur de spectacles investit davantage dans l’affichage que dans son plateau artistique. C’est énorme, d’autant plus qu’on ne peut mesurer le retour sur investissement de telles campagnes. On investit en affichage par habitude.

Or, le secteur a du mal à être rentable : la marge des producteurs se situe à 0,5 % de leur chiffre d’affaires. Peut-être serait-il judicieux de faire moins d’affichage et plus de marketing digital.

Nous pensons par ailleurs que le rôle du producteur, c’est de s’occuper du spectacle, et pas d’embaucher des armées de data scientists. Notre rôle est de mutualiser des données, de fabriquer des interfaces de Big Data et de fournir des outils très simples aux producteurs pour qu’ils puissent s’en servir.

Le problème sur le secteur, c’est que les données sont morcelées et difficilement utilisables. Il faut un acteur tiers de confiance, comme Médiamétrie, qui travaille pour toute l’industrie.

Il est bien important de comprendre qu’il existe trois types de données dans le métier : les données billetterie, celles de producteurs et enfin les données comportementales disponibles sur le web.

Pour les données spectacles, la normalisation doit être un objectif, car pour l’instant, c’est un bazar sans nom. Une même séance n’est pas référencée de la même manière d’un opérateur à un autre.

En moyenne, chaque jour dans le secteur du spectacle vivant, 40 % des places ne sont pas vendues. Toutes les techniques utilisées par les géants du net type Amazon peuvent être appliquées à notre secteur et bénéficier aux plus grands comme aux plus petits producteurs. Notre objectif est de l’aider à remplir sa salle grâce à des campagnes marketing hyper ciblées et segmentées.

Chez Delight, nous avons identifié 6 237 catégories de places différentes… Comment voulez-vous que le public s’y retrouve quand c’est à ce point peu normé ? Il y a encore du travail. »

Snapchat est également en passe de devenir un média hyper puissant :  « Au début de l’année, ce réseau cumulait 8 milliards de vidéos vues par jour. Aujourd’hui, on monte à 12 milliards par jour. C’est gigantesque et cela signifie que toute une génération ne s’informe plus que par ce biais. Le public utilise Snapchat pour communiquer sur les concerts. Si on ne s’en occupe pas, on va se couper d’une partie du public. »

Le rôle du producteur, c’est de s’occuper du spectacle, et pas d’embaucher des armées de data scientists
Eric de Rugy
Eric est l’un des spécialistes français de la communication marketing intégrée. En 2015, il a cofondé Delight, qu’il préside et dont il supervise la stratégie. Il préside également la fédération des Jeunes Organisations Innovantes de la Culture et de l’Entertainment (JOICE), qu’il a aussi cofondé, afin de faire entendre la voix des start-ups dans l’écosystème de la culture. Il a présidé pendant 12 ans le club Marketing & Com d’HEC Alumni.
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